Le bal du jeune Werther (1774) : 1e partie
- yvesschairsee
- 3 janv.
- 16 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Nous avons déjà étudié un passage de roman pour illustrer les modes de danse d'une époque : il s'agissait de "La Curée" d'Émile Zola, qui citait des musiques en vogue aux alentours de 1860 à Paris (voir notamment ici).
Dans ce nouvel article, nous souhaitons retourner près de 100 ans auparavant, en Allemagne. Le roman épistolaire "Les Souffrances du jeune Werther", de Goethe, publié en 1774, renferme en effet une scène de bal extrêmement détaillée pour un roman. Elle nous permet d'appréhender, non pas le nom des musiques, mais bien les danses qui étaient pratiquées à cette époque et dont le contour est plus difficile à cerner que ce qui était dansé dans l'hôtel particulier parisien des Saccard, chers à Zola.
Que renferme le roman ? Lors de son séjour dans la campagne allemande, le jeune Werther tombe amoureux de la nature bucolique, mais aussi d'une jeune femme, Lotte (diminutif de Charlotte), d'un amour pourtant impossible. C'est le sujet d'une correspondance échangée avec un ami lointain dans laquelle Werther exprime l'ivresse de ses sens, et leur dérèglement fatal.
On le sait, Werther est l'alter-ego de Goethe lui-même, qui séjourne effectivement en province en 1772 et tombe effectivement amoureux de Charlotte Buff.

Dans le roman, Werther relate, dans la lettre du 16 juin de la première année, le bal auquel il participe et où il succombe au charme de Lotte.
Pour l'analyse de cette scène, nous allons traduire ici un article de Jadwiga Nowaczek, qui nous en a très aimablement donné l'autorisation. Formée au ballet classique, elle se spécialise en danse historique depuis 1980. Elle est conférencière à la Haute École de Musique et des Arts du Spectacle de Munich et directrice de la compagnie de danse La Danza München.
Jadwiga a disséqué la scène de danse des "Souffrances du jeune Werther" et a essayé d'en déduire le contenu exact du bal en croisant les descriptions de Goethe avec l'état actuel des connaissances sur la danse sociale pratiquée en Allemagne à cette époque. Son étude porte sur le menuet, les contredanses anglaises et les différentes danses de couple qui pouvaient être pratiquées en Allemagne à l'époque, dont la valse ("walzer"). Pour respecter le format des articles de notre blog, où nous essayons de ne pas dépasser 10 à 15 minutes de lecture par publication, nous exposerons le fruit de ses recherches en 2 parties. Dans la 1e, nous abordons le menuet, la contredanse d'inspiration anglaise et la manière dont la valse y était incluse.
Le texte qui suit est une traduction aussi fidèle que possible de l'analyse de Jadwiga Nowaczek. Lorsque nous nous permettons un commentaire, nous l'écrivons en italique entre crochets.
LE LIEU DU BAL
Le roman de Goethe est en grande partie autobiographique : en 1772, Goethe avait effectué, sans grand enthousiasme, un stage de droit au Reichskammergericht de Wetzlar, dans le centre de l'Allemagne, et saisissait toutes les occasions de distraction qui se présentaient, comme l'invitation, le 9 juin 1772, à une excursion dans un pavillon de chasse à Volpertshausen, où l'on devait danser le soir. C'est ainsi que Goethe tomba amoureux, lors du trajet en diligence vers Volpertshausen, de sa compagne de voyage, Charlotte Buff, ignorant qu'elle était déjà fiancée au secrétaire de la légation hanovrienne, Johann Christian Kestner.

L'ancien pavillon de chasse de Volpertshausen existe toujours et abrite aujourd'hui le musée local de Hüttenberg, également connu sous le nom de "Maison de Goethe". La salle, qui fut le théâtre du bal de 1772, est également conservée. Elle mesure 9,3 mètres sur 5,1 mètres, soit une superficie d'un peu plus de 47 mètres carrés. Sachant qu'il devait y avoir de la place pour les musiciens, l'espace pour la danse devait être assez exigu pour les 12 hommes et 13 femmes invités le soir du 9 juin 1772, même si tout le monde ne dansait vraisemblablement pas en même temps.
Le récit du bal fictif dans le roman est si vivant et concret, si précis dans ses descriptions de figures de danse individuelles, qu'on peut supposer que Goethe connaissait et était capable de danser lui-même ces danses. On peut supposer que le véritable bal s'est déroulé de manière similaire. Goethe mentionne les danses sociales les plus importantes de son époque : le menuet, la contredanse et la Deutscher Tanz (danse allemande). Son texte contient un certain nombre d'expressions et de remarques qui éclairent la pratique de la danse de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Inversement, en utilisant les sources existantes sur les danses de la fin du XVIIIe siècle, nous pouvons reconstituer fidèlement les danses de ce bal.
LE MENUET
"Wir schlangen uns in Menuetts um einander herum; ich forderte ein Frauenzimmer nach dem andern auf, und just die unleidlichsten konnten nicht dazu kommen, einem die Hand zu reichen und ein Ende zu machen."
traduction :
"Nous nous enroulions les uns autour des autres en menuets ; j'invitais à danser une femme après l'autre, et même les plus insupportables n'osaient pas tendre la main pour mettre fin à la danse."
La dernière remarque concernant la présentation des mains se comprend si l'on suppose que les participants au bal ont dansé le menuet de salon habituel en forme de Z.
[On trouvera plus bas dans les références le lien vers les pages du manuel de Pierre Rameau [A] qui enseignent, en français, comment bien danser le menuet. On constate qu'en 1725, le maître à danser préconise de danser la figure principale du menuet en Z plutôt qu'en S. Plus bas dans l'article, Jadwiga Nowaczek approfondit la question en suivant les instructions, plus anciennes, de Gottfried Taubert (1717).]
Le déroulement de ce menuet en Z possède une structure claire : d'abord les honneurs (révérences), puis l'homme guide la dame jusqu'à ce qu'ils soient tous deux positionnés en diagonale. Ensuite, la figure principale, en forme de "Z", est dansée. Vient ensuite la "présentation des mains", où l'on présente d'abord les mains droites, puis les mains gauches. S'ensuit la présentation des deux mains, qui sert de signal d'arrêt, après quoi la dame est ramenée à sa position de départ pour les derniers honneurs.
![Figure principale du menuet, en Z, d'après Pierre Rameau, 1725 [A]](https://static.wixstatic.com/media/61557a_16588044c3ed491a9ca708359a90da68~mv2.jpg/v1/fill/w_780,h_1337,al_c,q_85,enc_avif,quality_auto/61557a_16588044c3ed491a9ca708359a90da68~mv2.jpg)
Ces règles fixes contrastent avec la liberté d'exécution de la danse en pratique.
Les danseurs sont libres de décider de la fréquence de la figure principale. La présentation des mains marque la fin de celle-ci ; il est donc crucial de savoir qui en donne le signal, ce qu'on appelle l'"annonce". Selon le maître de danse allemand Gottfried Taubert [1], il n'existe pas de règle précise, si bien qu'avant de commencer à danser, il faut décider si l'initiative de la présentation des mains doit être prise par l'homme ou la femme. Sinon, l'un attendrait l'autre et ils n'arriveraient jamais au terme de la figure principale.
Il en va de même pour la présentation des deux mains, qui signale la fin de la danse.
Lorsque Goethe écrit que "même les plus insupportables [des femmes] n'osaient pas tendre la main pour mettre fin à la danse", cela signifie qu'à Volpertshausen, il était d'usage que la dame prenne l'initiative de la fin du menuet. Les dames qui eurent la chance de danser avec le jeune Werther (aussi insupportables qu'elles aient pu être à ses yeux) semblent avoir prolongé le menuet à leur guise et retardé la présentation des mains plus longtemps qu'il ne l'aurait souhaité. Werther, qui avait peut-être espéré pouvoir danser avec Lotte, en fut empêché par ces règles.
Le fait que les danseurs s'enroulent les uns autour des autres pendant le menuet indique que plusieurs couples se trouvaient simultanément sur la piste de danse de la salle de bal, qui pouvait être assez petite à Volpertshausen, comme nous l'avons vu. Si Werther invitait "une dame après l'autre" à danser, alors il semble que nous ayons affaire à une forme de danse libre, où les couples pouvaient choisir individuellement le moment de commencer leur danse. La durée de la danse était laissée à l'appréciation des couples selon les règles de la présentation des mains.
![La forme en Z du menuet selon M. Malpied [B], avec les pas expliqués en notation Beauchamp-Feuillet](https://static.wixstatic.com/media/61557a_c51e915a35564fea90b4e069d5aa8310~mv2.jpg/v1/fill/w_320,h_430,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/61557a_c51e915a35564fea90b4e069d5aa8310~mv2.jpg)
Dans sa publication de 1772 (la même année que le bal de Volpertshausen), Carl Joseph von Feldtenstein [2] conseille la forme plus ancienne en S du menuet, comme étant plus pratique que la forme en Z, si de nombreux couples sont présents simultanément sur la piste de danse. À la connaissance de Jadwiga Nowaczek, il est le seul à la fin du XVIIIe siècle à le penser. Le "S", en tant que figure de danse principale, favoriserait encore davantage le mouvement sinueux des danseurs.
[...] Il fallait réellement gérer le problème d'une danse "désordonnée", ponctuée d'accrochages. Feldtenstein, maître de danse par excellence, recommandait une disposition ordonnée, en rangées et un départ simultané, afin que "les danseurs ne se touchent ni ne se bousculent" (Feldtenstein, p. 80). Cela signifie que la longueur de la danse est la même pour tous les couples et que le libre choix de la longueur de la figure principale est abandonné.
Selon le maître de danse français Bacquoy-Guédon, il faut environ 3 minutes pour danser un menuet [3]. Si l'on suppose que Werther a invité au moins 3 dames à danser, alors le menuet a duré de 9 à 10 minutes, voire plus.
LA CONTREDANSE ANGLAISE
"Lotte und ihr Tänzer fingen einen Englischen an, und wie wohl mir's war, als sie auch in der Reihe die Figur mit uns anfing, magst du fühlen. Tanzen muß man sie sehen!"
traduction :
"Lotte et son danseur commencèrent une anglaise, et tu peux imaginer comme je me sentis bien quand, dans la rangée, elle entama aussi la figure avec nous. Il faut absolument la voir danser!"
"Ich bat sie um den zweiten Contretanz; sie sagte mit den dritten zu [...]"
traduction :
"Je lui demandai la deuxième contredanse ; elle accepta la troisième [...]"
"[...] ich habe im Englischen gesehen, daß Sie gut walzen;"
traduction :
"[...] j'ai vu pendant les anglaises que vous valsez bien ;"
Il ressort clairement du récit de Goethe que le terme "contredanse" désigne une contredanse en colonne ("longway") avec progression, employée ici comme synonyme de l'expression allemande courante "Englischer". Il est également mentionné qu'il existait un ordre de danse établi, suivant une séquence prédéterminée des danses ainsi que des partenaires de danse.
Apparemment, en 1772, il était déjà d'usage et plus du tout rare pour les jeunes gens se voulant à la mode [en Allemagne] de valser pendant les contredanses anglaises. Cependant, cela n'allait peut-être pas de soi partout.
En tout cas, Jadwiga Nowaczek ne connaît aucune source de danse antérieure à 1770 où une figure de valse apparaisse dans le cadre d'une contredanse anglaise ou de toute autre type de danse. Le fait qu'à Volpertshausen, en 1772, on pratiquait une valse vive pendant les contredanses anglaises montre que ce qui était dansé en pratique dans les bals était une fois de plus en avance sur les écrits relatifs à la danse.
L'habitude des couples tournant l'un autour de l'autre n'était pas nouvelle au XVIIIe siècle, mais il n'en existe pas de description précise. Le terme "Walzen" (valser) apparaît pour la première fois dans une source littéraire en 1754 [4]. Une source française récemment découverte, datant de 1779 [5], décrit une "Valx", dont les pas et le contexte suggèrent une variante rustique de la danse allemande plutôt qu'une valse au sein de la danse anglaise noble. Vers la fin du XVIIIe siècle, le nombre de documents écrits sur la valse augmente, principalement des polémiques contre cette danse jugée indécente et immorale.
[La première source mentionnant et notant la valse pendant la contredanse date de 1775 à Mannheim [6], mais on n'y voit que le chemin de danse sans aucune explication ni croquis de mouvement.]
[Plus tard,] il existe des preuves graphiques de figures de valse faisant partie des contredanses.

Le premier croquis d'une figure de mouvement de valse apparaît en 1777 avec la publication de "Characteristische Englische Tänze", où les danses avaient été rassemblées par Johann Christian Bleßmann [7], "Secrétaire adjoint du Maître de danse de l'Université royale de Göttingen". Dans la figure 5 de la danse n°3, on trouve un dessin d'une trajectoire de danse en boucle accompagné d'une explication : "Le premier homme et sa dame font le moulin vers le dessus du deuxième couple" (Bleßmann, p. 45). [L'expression "faire le moulin" est ici une tentative de traduction du terme originel "die walze machen", où "walze" peut désigner en allemand des cylindres rotatifs de différents usages.]
Ce style de danse est manifestement si novateur en 1777 que Bleßmann juge nécessaire d'expliquer plus en détail comment "faire le moulin" dans une note de bas de page : "Faire le moulin" ("die walze machen") signifie que deux personnes se donnant les bras se déplacent en tournant continuellement l'une autour de l'autre. Pour exécuter cette figure telle qu'elle est représentée, l'homme prend la femme sous son bras gauche avec son bras droit et, de sa main gauche, sa main droite ; dans cette position, ils effectuent les tours continus l'un autour de l'autre." (Bleßmann, p. 45). Il s'agit probablement de la plus ancienne description didactique et représentation graphique de la valse. Cependant, le joli dessin tout en courbes vise peut-être simplement à transmettre la sensation de tourner plutôt qu'à représenter exactement la trajectoire du couple de danseurs.
Il n'est pas si évident de savoir si les figures de la Danse n°11 de Haslpöck [8] doivent être interprétées comme des figures de valse car il n'existe pas d'instruction écrite pour [...] accompagner [les] 10 danses anglaises et [les] 2 danses à 4 couples du manuel [...]

Plusieurs indices font référence à des figures de valse : le mot "tourner" [en français] au centre de la figure, ainsi que les trajectoires dessinées des danseurs, qui représentent de manière réaliste le couple tournant sur lui-même.
Les 4 couples dansent simultanément, comme on peut le constater dans les symboles des mains. La position des danseurs côte à côte ne suggère pas une prise de valse, mais plutôt un cercle pour les huit danseurs, avec lequel il serait impossible de danser sur la trajectoire prescrite. Un indice important se trouve dans la ligne musicale : tandis que les autres parties de cette danse ont des mesures différentes, cette figure, qui se répète à la fin de la danse, est la seule à avoir une signature rythmique à 3/8 et des accords triadiques fréquemment brisés, une caractéristique typique des danses tournantes.

Une autre représentation de la valse au sein d'une contredanse apparaît dans la "Vollkommene Tanzschule" de Georg Link, 1794. [9]
Le texte de cette figure de danse, tirée de la Danse anglaise n° 11, se lit comme suit : "Puis la figure allemande, en rond - valse jusqu'à votre place" (Link, p. 62).
Certes, on n'a pas l'impression d'un mouvement tournant, mais on voit clairement que les couples se déplacent en cercle, c'est-à-dire une danse en rond.

[La première notation graphique de la valse] fit son apparition dans les manuels de danse en 1800, [elle fut] réalisée par Johann Heinrich Kattfuß. [10]
Étonnamment, cette notation montre que les danseurs n'effectuent qu'un demi-tour en 2 mesures ! Cette pratique ne fut pas acceptée, comme en témoignent tous les autres manuels de valse du XIXe siècle, qui enseignent un tour complet [pour le même nombre de mesures].
D'après Kattfuß, il ne fait plus aucun doute que la valse est une composante établie des danses anglaises et est devenue une danse à la mode "sans laquelle personne ne peut participer aux danses anglaises, car presque toutes les danses anglaises comprennent habituellement deux figures de valse, et aucun danseur meneur, qui souhaite faire bonne impression sur sa dame, ne peut se passer de la valse." (Kattfuß, p. 154).

Un exemple clair et ancien de la position de valse décrite par Bleßmann se trouve dans les croquis de couples en positions pour l'Allemande, publiés à Paris vers 1770 par Simon Guillaume et M. Dubois [11]. Ces croquis ne contiennent [cependant] pas d'instruction claire pour valser.
Mais revenons à Goethe :
"Beim dritten englischen Tanz waren wir das zweite Paar. Wie wir die Reihe durchtanzten und ich, weiß Gott mit wieviel Wonne, an ihrem Arm und Auge hing, das voll vom wahrsten Ausdruck des offensten, reinsten Vergnügens war, kommen wir an eine Frau, die mit wegen ihrer liebenswürdigen Miene auf einem nicht mehr ganz jungen Gesichte merkwürdig gewesen war. Sie sieht Lotten lächelnd an, hebt einen drohenden Finger auf und nennt den Namen Albert zweimal im Vorbeifliegen mit viel Bedeutung."
traduction :
Lors de la troisième danse anglaise, nous étions le deuxième couple. Tandis que nous dansions à travers la colonne, et que je m'accrochais, Dieu sait avec quel bonheur, à son bras et à ses yeux, qui étaient emplis de l'expression la plus sincère d'un plaisir pur et intense, nous arrivâmes devant une femme d'un certain âge dont la mine avait attiré mon attention à cause de son expression aimable. Elle regarda Lotte en souriant, leva un doigt menaçant et prononça le nom d'Albert au passage, à deux reprises, avec grande importance.

"Wer ist Albert? " sagte ich zu Lotten," wenn's nicht Vermessenheit ist zu fragen ". Sie war im Begriff zu antworten, als wir uns scheiden mußten, um die große Achte zu machen, und mich dünkte einiges Nachdenken auf ihrer Stirn zu sehen, als wir so vor einander vorbeikreuzten. "Was soll ich's Ihnen leugnen", sagte sie, indem sie mir die Hand zur Promenade bot. "Albert ist ein braver Mensch, dem ich so gut als verlobt bin". nun war mir das nichts Neues (denn die Mädchen hatten mir's auf dem Wege gesagt) und war mir doch so ganz neu, weil ich es noch nicht im Verhältnis auf sie, die mir in so wenig Augenblicken so wert geworden war, gedacht hatte. Genug, ich verwirrte mich, vergaß mich und kam zwischen das unrechte Paar hinein, daß alles drunter und drüber ging und Lottens ganze Gegenwart und Zerren und Ziehen nötig war, um es schnell wieder in Ordnung zu bringen."
traduction :
"Qui est Albert ?" demandai-je à Lotte, "s'il n'est pas indiscret de vous le demander." Elle était sur le point de répondre quand nous dûmes nous séparer pour faire le grand huit, et il me sembla apercevoir une pointe de réflexion sur son front lorsque nous nous croisâmes. "Pourquoi le nierais-je ?" dit-elle en me tendant la main pour la promenade. "Albert est un homme bien, à qui je suis pour ainsi dire fiancée." Ce n'était pas une nouvelle pour moi (car les filles me l'avaient dit en chemin), et pourtant, c'était tout à fait nouveau car je n'y avais pas encore pensé en ce qui la concernait, elle qui m'était devenue si chère en quelques instants. Bref, je m'embrouillai, je me trompai et vins au milieu du mauvais couple, si bien que tout alla de travers, et il fallut toute la présence de Lotte, me tirant et me ramenant, pour remettre rapidement les choses en ordre.
Goethe mentionne un "grand huit" et une "promenade" comme figures caractéristiques de la danse anglaise [du roman], au cours de laquelle une importante conversation a lieu où Werther apprend les fiançailles de Lotte. Dans la première partie, les figures caractéristiques sont moins nombreuses : "danser à travers la colonne" et "se croiser". À la fin, Werther est confus et se retrouve entre "le mauvais couple".
En cherchant une danse originale qui corresponde au mieux à ce schéma, Jadwiga Nowaczek a découvert le recueil de danses anglaises de Franciscus Theodorus Petersen [12], dans lequel la 12e danse présente les figures mentionnées ci-dessus, et celles-ci dans le bon ordre.

[Le lecteur intéressé touvera les instructions pour la danse traduites en bas de cette page, sous les références des ouvrages cités.]
DANS QUELQUES SEMAINES, NOUS PUBLIERONS LA SUITE DE L'ARTICLE DE JADWIGA NOWACZEK. IL SERA CONSACRE AUX DANSES DE COUPLE ALLEMANDES.
REFERENCES DE JADWIGA NOWACZEK
[1] Gottfried Taubert, Rechtschaffener Tantzmeister, oder gründliche Erklärung der frantzösischen Tantz=Kunst, … Leipzig 1717, édité par Kurt Petermann, Leipzig, 1976, édition pour "Heimeran Verlag", München 1976
[2] Carl Joseph v. Feldtenstein, Erweiterung der Kunst nach der Chorographie zu tanzen, Braunschweig 2 1772 [1e édition 1767 sous le titre: Kunst nach der Choregraphie zu tanzen]. réimpression de facsimile: Zentralantiquariat der DDR, Leipzig, 1984, relié avec: Carl Joseph v. Feldtenstein, Erweiterung der Kunst nach der Chorographie zu tanzen, Braunschweig 1776
[3] Alexis Bacquoy-Guédon, Considérations sur la danse du Menuet, Paris (Valade), 2nde Edition 1784, p. 7f
[4] Josef Felix Kurz, Der auf das neue begeisterte und belebte Bernadon, Vienne 1754.
Dans les paroles de la chanson, différentes danses sont nommées : „… bald spielen, bald tanzen, bald steirisch, bald schwäbisch, hanakisch, schlowakisch, bald walzen umadum mit heißa rum-rum.“ [maintenant jouer, maintenant danser, maintenant styrienne, maintenant souabe, hanakienne, slovaque, maintenant valser avec luxure.]
Josef Felix Kurz était un célèbre comédien et acteur d'improvisation viennois. Il a écrit le livret de plus de 300 pièces chantées.
[5] Brives, Nouvelle méthode pour apprendre l'art de la danse sans maître … par le
Sieur Brives, Toulouze [1779 suivant le mention d'impression sur la dernière page du livre]
[6] Carola Finkel, Les Plaisirs du Bal de Mannheim, dans : Uwe Schlottermüller, Howard Weiner und Maria Richter (Hg.): Der Ball. Geselligkeit – Macht – Politik 1600–1900. 5. Symposium für Historischen Tanz, Tagungsband, Freiburg 2022.
[7] Johann Christian Bleßmann, Characteristische Englische Tänze … Lübeck 1777, publié en partie dans: Kontratanz, Tanzhistorische Studien I des DBT e. V., Berlin 1987 p. 29-49
[8] Haslpöck, Cet ouvrage premier contenant diverses contredanses, qu’on a l’honeur de fair paroitre en Choregraphie.
Au printemps 2022, Giles Bennett a pu dater et localiser ce précieux ouvrage, qui n'avait ni lieu ni date d'édition connus, grâce aux informations du "Wiener Magazin des Buch- und Kunsthandels" (Revue viennoise du livre et des arts, vol. 2, n° 10, 1780, p. 786). Ainsi, les diverses contredanses de Haslpöck peuvent être datées de Vienne en 1780 et ont probablement été publiées par Ataria. Haslpöck est vraisemblablement le même compositeur viennois que Johann Baptist Haselbeck, qui a composé des danses pour les Redoutes viennoises dans les années 1780 et 1790.
Pour plus d'informations, voir l'article de Giles Bennett : "East-West Cultural Transfer in the Ballroom – The Repertoire of an Austrian Dance Teacher in Lemberg in the Early 1790s", Proceedings of the Rothenfels Dance Symposium 2022.
Sur le compositeur Haselbeck, voir Erica Buurman : "The Viennese Ballroom in the Age of Beethoven", Cambridge 2021.
[9] Georg Link, Vollkommene Tanzschule aller in Kompagnien und Bällen vorkommenden Tänze nebst zwölf ganz neu komponierten englischen Contre-Tänzen… , Cilli 1794
[10] Johann Heinrich Kattfuß, Choregraphie oder vollständige und leicht fassliche Anweisung zu den verschiedenen Arten der heut zu Tage beliebtesten gesellschaftlichen Tänze für Tanzliebhaber, Vortänzer und Tanzmeister von Johann Heinrich Kattfuß. Erster Theil. Leipzig 1800
[11] Almanach Dansant ou Positions et Attitudes de l’Allemande, … par Guillaume Maitre de Danse Pour l’Année 1769, Paris [1768].
Au même moment, le maître de danse parisien Dubois publie également Allemand-figures: Principes d’Allemandes par Mr Dubois De l’Opera (sans lieu ni date), édition facsimile dans: Alain Riou, Yvonne Vart, Principes d’Allemandes par Mr Dubois De l’Opera, étude critique et structurale, facsimile et retranscription, reconstitution, Lyon 1991. Ici, la figure n°11 représente aussi la prise pour la valse.
[12] Praktische Einleitung in die Choregraphie oder Tanzzeichnungskunst, nach dem französischen Original. Mit 12 vollstimmigen englischen Tänzen nebst einem Beitrag zur Aufnahme des geordneten Tanzes. Erster Theil für das Jahr 1791, verfasst und herausgegeben von Theodorus Franciscus Petersen, Schleswig (Gerringshausen) [1790]
REFERENCES ADDITIONNELLES
[A] Pierre Rameau, Le maître à danser. Qui enseigne la manière de faire tous les différens pas de Danse dans toute la régularité de l'Art, & de conduire les Bras à chaque pas, 1725
Le lien vers la 1e page enseignant la manière de danser le menuet est ici
[B] M. Malpied, Traité sur l'art de la danse, dédié á Monsieur Gardel, l'ainé, Paris [Boüin,?], 1770
INSTRUCTIONS POUR LA DANSE ANGLAISE N°12 DE PETERSEN [12]
1. Le premier homme donne la main droite à sa dame (la dame lui donne la gauche) et la conduit derrière le deuxième homme, entre le deuxième et le troisième couple ; le premier homme fait un tour complet, la dame fait quatre pas.
2. La première dame ramène le premier homme par le même chemin jusqu'à sa place, tandis que le premier homme fait quatre pas.
3. Le premier couple forme un huit allongé.
4. Le premier couple remonte en croisant les mains, passant devant le troisième et le deuxième couples, puis contourne ces derniers.
5. Le premier homme fait quatre pas vers la troisième dame, la première dame vers le deuxième homme, ils se donnent la main et tournent vers la gauche.
6. Le premier homme fait quatre pas vers la deuxième dame, la première dame vers le troisième homme, ils se donnent la main et tournent vers la droite.
7. Le premier homme et le troisième couple, la première femme et le deuxième couple se donnent la main droite et tournent sur eux-mêmes.
8. Le premier homme et le deuxième couple, la première femme et le troisième couple se donnent la main gauche et tournent sur eux-mêmes.
[...] La 7ème figure (mains droites en travers) offre l'opportunité de laisser Werther danser du mauvais côté du premier couple. Lotte a alors pour tâche de le pousser en direction du troisième couple.





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