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1833 : La Saint-Simonienne dans le quadrille français

Dernière mise à jour : 14 mai 2021


Saint-Simonienne dans l'habit du mouvement

Peut-être vous êtes-vous déjà demandé en dansant un quadrille français d’où venait le nom fleuri de ses différentes figures : pantalon, été, trénis, queue du chat, etc. Si d’aucuns ont déjà avancé avec plus ou moins de bonheur l’une ou l’autre origine, on ne sort pas, jusqu’à preuve du contraire, de quelque imagination fleurie d’un maître de danse ou d’un compositeur, voire du nom d’un danseur qui aurait exécuté une figure comme personne, jusqu’à être identifié à elle.


Parmi ces appellations bizarres, il en est une qui a retenu notre attention, car elle marque l’intrusion du politique dans le contre-danse : mesdames et messieurs, réglons ici son compte à la saint-simonienne.


1. LE SAINT-SIMONISME, DOCTRINE POLITIQUE



Saint-Simon

Cette figure qui sert souvent à notre époque de volet final au quadrille (bien qu’il y ait beaucoup de variantes régionales) doit effectivement son nom à Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, dit plus simplement « Saint-Simon », philosophe, économiste et militaire français (1760-1825).


En quoi donc une doctrine philosophico-politique peut-elle s’incarner dans une figure de quadrille ?


C’est que, sans le savoir, en la dansant vous prônez l’émancipation réclamée par Saint-Simon et ses disciples. Nous ne rentrerons pas ici dans les détails de la pensée saint-simonienne : nous laisserons cela à d’autres mieux à même de le faire que nous. Bornons-nous à dire que la société voulue par Saint-Simon était basée sur l’idée que la mise en avant du talent (plutôt que de l’hérédité) dans le cadre d’activités productivistes peut déboucher, pourvu que l’Homme garde un idéal de fraternité, sur l’émancipation des masses.


Mais en quoi la figure saint-simonienne du quadrille peut-elle avoir un rapport avec cette doctrine ?


C’est qu’en prônant l’émancipation de l’Homme, le saint-simonisme prône aussi l’émancipation de la femme. La femme saint-simonienne est une femme libre. Et cette liberté inclut la liberté de changer de partenaire. Messieurs, quand vous galopez et que vous subtilisez la partenaire du cavalier opposé pour « aller faire un tour », vous faites un acte politique. Mesdames, quand vous saisissez la main du cavalier opposé et disparaissez avec lui, vous êtes un symbole de la femme libre, vous êtes une saint-simonienne.


2. L’ORIGINE DE LA FIGURE DE QUADRILLE


Ça, c’est ce qu’on retrouve assez facilement quand on cherche la signification de cette figure de quadrille. Il reste alors à rechercher les traces historiques de la création de la figure. En 1895, dans son Dictionnaire de la Danse, Desrat lui-même avoue ne pas avoir retrouvé trace du compositeur-inventeur de cette figure. Voyons si autant d’années plus tard nous y arrivons mieux, armé de ce qui a pu être amassé dans les bibliothèques, physiques ou virtuelles.



Le premier manuel de maître de danse qui cite le nom de saint-simonienne (déjà comme finale possible du quadrille) est, au moins parmi ceux qui sont arrivés jusqu’à nous, celui de Saint-Jacome dit Templeux, édité en 1835. A cette date, Saint-Simon est mort mais ses disciples sont encore actifs, bien que surtout sujets de raillerie. A cette date, le galop fait toujours fureur en France bien qu’il y ait été popularisé quelques années plus tôt.


Richardson, ayant fait l’étude des danses du XIXe siècle pour l’Angleterre, prétend que la Saint-Simonienne est une contredanse française datant des environs de 1832.

Là, reconnaissons-le, nous sommes battus : dans la bibliographie française nous n’en avons trouvé trace qu’à partir de 1833.

Entendons-nous bien : nous en trouvons trace dans les journaux et les chroniques de bals de l’époque. Chez les maîtres de danse qui nous ont laissé un écrit, rien. Enfin pas tout à fait. On note au moins un maître de danse antérieur à Saint-Jacome qui explique la figure : il s’agit d’Albert (que d’aucuns supposent être François Décombéalbert mais qui pourrait tout aussi bien être un conglomérat d’auteurs anonymes, si l’on en croit l’ouvrage). Dans le traité d’« Albert » édité en 1834, un galop est en effet décrit qui complète le quadrille après sa finale « normale ». Il est en tout point identique à ce que Saint-Jacome décrira plus tard et à ce que nous connaissons toujours. Il s’abstient seulement de lui affubler le nom de saint-simonienne. Par la suite, le statut acquis par le galop comme dernière figure sera très variable, citée ou non, qualifiée de saint-simonienne ou non. En 1839, Brunet dans sa « Théorie pratique du danseur de société » cite bien le galop dans la forme d’échange de partenaires que nous lui connaissons, mais sans parler de saint-simonienne.


Alors quoi ? Qui a donné le nom de saint-simonienne à cette figure qui permet par un tour de galop de subtiliser un(e) partenaire dans le couple d’en face ? A-t-on trouvé cette figure de galop tellement pittoresque qu’on l’a affublé par association d’idée à la femme saint-simonienne, qui n’en avait pas demandé tant ? Les saint-simoniens eux-mêmes ont-ils inventé cette figure de galop ? A vrai dire, les traces bibliographiques manquent pour trancher.

un bal champêtre

En octobre 1833, Auguste Luchet (« Les bals champêtres » dans « Nouveau tableau de Paris au XIXe siècle tome II ») la dit « récemment inventée ». C’est la référence la plus ancienne à cette danse que nous avons trouvée.


Par la suite, dans son journal de 1835, le Comte Rodolphe Apponyi, attaché de l’ambassade d’Autriche à Paris, relate sa participation au carnaval et cite une dernière figure de contredanse « dansée à la saint-simonienne, c’est-à-dire en galop avec changement de danseuse ». On n’en saura malheureusement pas plus.


Dans sa nouvelle « un bal masqué en 1837 » (recueil de nouvelles « Le Dessous des cartes », Edmond Cador (Roger de Beauvoir) cite aussi la saint-simonienne : « Le comte de Parthenay vit qu'il avait été joué, baisa respectueusement la main de Pépita, et offrit avec affectation son bras à la marquise de Villeverde. Le postillon mal payé partit lentement et finit par s'arrêter au beau milieu d'un quadrille où s'exécutait, avec beaucoup de désinvolture et d'ardeur, la saint-simonienne. Cette danse de femmes libres allait renverser la marquise, quand le malin postillon, rassemblant toutes ses forces d'anéanti, la prit dans ses bras comme un jeune enfant, et la porta près du maestro Jullien, en s'écriant : — Madame se trouve mal ! Madame se trouve mal ! — Voici mon flacon, dit le chef d'orchestre en présentant une élégante cassolette-Cellini à la marquise. »


3. LA SAINT-SIMONIENNE INDECENTE


des danses indécentes ?

Dans sa chronique de 1833, Auguste Luchet donne quelques précisions sur la danse. À l’époque, certains établissements soucieux des meilleures convenances voient le galop comme étant d’un effet tel qu’il vaut mieux éviter sa programmation. C’est le cas du bal de la Tourelle qui estime que « la valse et le galop [sont] indécens et dangereux pour les familles. » Rapprochements, libération des corps dans des mouvements débridés et exempts de toute technicité, c’est ce qui semble en premier lieu motiver ce rejet, plutôt que le principe d’échange de partenaire.[1]


Dans la « Bibliographie et messagère musicale » [2] du 15 juin 1842, un certain Horace Paganini s’insurge contre la perte de technicité et de beauté des danses effectuées au bal : « De nos jours, la danse est devenue populaire; en se popularisant elle a du adopter une allure rude, grossière, indécente; elle a pris ses franches coudées dans les bals publics, entre le broc de vin et la gibelotte de chat et s'est fait baptiser du nom de cancan, chahut ou saint-simonienne. » Il accuse de plus les « exécuteurs de la saint-simonienne » de se laisser aller à des « pasquinades », c’est-à-dire des pitreries. Mais le reproche porte visiblement moins sur la réelle indécence d’une danse que sur le prétendu nivellement par le bas dont est selon lui victime la danse de bal à l’époque.


Le 1er septembre 1846 pour le journal « Le Constitutionnel », P.-A. Fiorentino relate les réactions des « bonnes familles » au bal de Château-Rouge : « Arrivée près du contrôle, la famille se resserre, se replie sur elle-même effarée, inquiète de je ne sais quels dangers imaginaires. Ces pauvres colombes, nullement initiées aux mystères de la cachucha [(la chahut)] et de la saint-simonienne, se figurent que tous les groupes qu'elles coudoient sont composés de mauvais sujets et de gourgandines. » On l’a bien compris ici, l’évocation de la saint-simonienne est purement ironique et le journaliste fait bien sous-entendre que la danse ne peut plus être jugée indécente que par les familles « coincées ».


Reste à citer 2 articles pour clore le sujet de la supposée indécence de la saint-simonienne :

la barrière du Maine

Le 11 août 1834, le journal « Figaro » (qui reprend la « Gazette des Tribunaux » de la veille) mentionne la saint-simonienne comme une « nouvelle danse de barrière », autrement dit comme une (nouvelle ?) danse de bals populaires pour ne pas dire de débits de boisson. De corvée de surveillance au bal de la barrière du Maine, le garde municipal « aperçoit trois particuliers qui [lui] faisaient l’effet d’avoir tout de même une drôle de façon toute particulière de danser, et que leurs entrechats n’étaient pas tout à fait dans les règlemens ni dans la consigne des mœurs. [Il] en fait l’injonction à [ses] particuliers, qui [lui] déclarent que c’est la saint-simonienne. » « Mais voilà qu’à l’autre figure, [ses] particuliers avaient la danse encore plus incohérente » « Cette danse était donc indécente ? », demande le président. « Hum ! hum ! c’était pas très correct mon brave…. Ils se dandinaient, se balançaient, et puis ils faisaient aller leurs bras… dam ! comme qui dirait… Ici […], joignant la parole à la pantomime, [le témoin] se balance agréablement, arrondit les bras, et semble disposé à faire un sémillant avant-deux. » Même si ce n’est pas tout à fait explicite, notre esprit très XXIe siècle interprète assez vite ce mouvement comme étant un simulacre de pénétration… Et étant donné qu’il n’y a priori pas d’avant-deux qui permet ce type d’expression dans cette figure, on peut se demander s’il ne s’agit pas ici d’un individu qui aurait ajouté sa touche personnelle à la contre-danse. L’indécence tiendrait alors moins à la figure elle-même qu’à la volonté d’un danseur de se « singulariser ».


Dans le même ordre d’idées, le « Courrier français » du 24 août 1836 informe que « des désordres d’une nature assez grave ont eu lieu à Givors le [9 août], jour de la fête patronale de cette commune. Des jeunes gens se sont pris de querelle au sujet d’une espèce de danse dite saint-simonienne, réclamée par les uns, repoussée par les autres. La gendarmerie a en vain essayé d’intervenir pour mettre fin au désordre, elle a été méconnue et insultée : les observations conciliantes de M. le commissaire de police ont eu le même résultat. Depuis, loin de reconnaître leur tort, les perturbateurs ont rendu leur position plus grave encore en commettant de nouveaux désordres, en renouvelant leurs insultes et leurs menaces contre les agents de la force publique. Un pareil état de chose ne pouvant se tolérer plus long-temps, des mandats d’amener et de comparution ont été décernés par M. le juge d’instruction contre dix individus des plus turbulents qui avaient été signalés par M. le procureur du roi. »


4. UNE HYPOTHESE POUR SA CREATION


Revenons alors au but premier de notre recherche qui était de trouver les circonstances formelles de l’invention de la saint-simonienne. Y sommes-nous parvenus ? Malheureusement non. Il ne nous reste plus qu’à échafauder des hypothèses. Non pour les prétendre vraies, mais pour permettre à d’autres qui nous suivrons de les démolir ou de les étayer. On remarque de manière assez évidente que la saint-simonienne naît dans la ferveur populaire et est diffusée par les bals publics. Nulle trace de publication officielle de la contre-danse comme la création d’un maître. Saint-Jacome qui la cite en 1835 mais ne la revendique pas. Comme si la danse était née de manière spontanée en 1833 de l’échauffement des corps et de la folie de la danse, en particulier du galop. En 1834 et 1836, les journaux qui la citent comme une danse indécente semble découvrir son existence, comme si elle avait d’abord passé des mois à être dansée en passant inaperçue. En 1837 elle peut être dansée par les marquises mais elles seront alors taxées de « femmes libres ». En 1842 les puristes la trouve indécente parce que les pas utilisés ne sont pas dignes de la belle danse. En 1846 les familles bien convenables continuent à la trouver indécente, mais ce jugement semble de plus en plus désuet. Énonçons notre hypothèse pour que d’autres aient l’occasion de la critiquer : la saint-simonienne serait née du carnaval de Paris de 1833.


huile sur toile d'Eugène Delacroix inspirée par la révolution de juillet 1830

En effet, on sait que cette année-là le carnaval a été dantesque. Les mois qui suivent la mise sur pied de la Monarchie de Juillet commencent petitement. L’énergie populaire est là, mais l’instabilité politique fait momentanément passer la danse au second plan. En 1832, l’épidémie de choléra fait des ravages, comme la guerre civile. Puis vient 1833. La frustration, les épreuves ont éprouvé les Parisiens qui recherchent tous les prétextes pour faire la fête. Le carnaval de 1833 cristallise ce besoin. Dans sa chronique déjà citée ci-dessus, Auguste Luchet explique, lyrique, le résultat du choléra et de la guerre civile (veuillez excuser la longueur de cet extrait que je trouve fort joli) :


« Eh bien ! le peuple non plus n'a pas voulu rester seul, parce qu'il s'est senti malade; et qu'il a eu peur. Pour ne pas entendre la voix secrète qui s'élevait sombre et sévère en lui, le peuple a battu des pieds et des mains. Il a crié, il a chanté, il a fait tout le bruit qu'il a pu. Il s'est attaché au carnaval de 1833, comme les malades s'attachent à la personne joyeuse qui les distrait et les fait rire ; et, trouvant le carnaval trop court du 2 au 19 février, il l'a augmenté de deux mois, cinq semaines avant, trois semaines après. Je l'ai dit au mois de mars dernier, dans le livre des Cent-et-Un, en esquissant, à traits bien faibles sans doute, la descente de la Courtille en 1833 ; j'ai dit : — « Tout le monde convient que depuis bien long-temps on n'avait vu la fureur du plaisir, l'universalité d'orgies qui ont distingué le carnaval de cette année. On a voulu savoir le pourquoi de cet empressement insolite à se réjouir, de cette faim, de cette soif frénétiques d'amusement, de bruit et de cris, dont les temps antérieurs offrent si peu d'exemples. » —Voilà le pourquoi! C'est celui du poitrinaire qui use dans les jouissances du monde la vigueur fiévreuse rajeunissant poison que lui donné sa maladie; c'est celui de l'homme ruiné qui jette aux pompes d'un festin son dernier billet de banque; c'est celui du malheureux qui s'enivre et tombe sous le vin pour oublier ses peines. Or, ce qui a fait le carnaval de 1833 a fait les bals et les fêtes qui l'ont suivi. Résultats analogues d'un principe semblable, effets identiques d'une même cause, les étranges bals de 1833 sont le complément de ce carnaval unique entré tous. Ici comme là, il y a eu faim et soif exagérées de plaisir; besoin immense de mouvement et de bruit pour s'étourdir, pour oublier; frayeur mal dissimulée enfin, comme celle qui fait siffler et chanter un homme seul, dans les bois, la nuit. »


On se convaincra aussi de la fureur dansante en évoquant le bal de l’Opéra du 5 janvier 1833, dont le prix d’accès avait été abaissé à 5 francs (au lieu de 10) : le corps de ballet dût interrompre le spectacle sous la pression de l’audience qui réclame le galop. Le plateau est envahi par les galopeurs, suivis par les danseurs de la chahut. La police doit se déclarer impuissante devant la poussée des danses indécentes. Le scandale est retentissant.


Dans ces conditions ne serait-il pas envisageable que l’un ou l’autre esprit échauffé ait profité de la moquerie dont les saint-simoniens sont les victimes pour inventer un tour de passe-passe de galop qui aurait rencontré son public ? Le manifeste politique caché dans la saint-simonienne ne serait-il qu’une pantalonnade issue d’esprits échauffés et railleurs ?


Terminons par un autre scandale intrigant de 1833 qui ouvre la voie à plus d’imagination encore : le dimanche 17 février 1833 paraît dans la Gazette des Tribunaux un résumé du procès des « Badouillards ». Douze d’entre eux ont été arrêtés au bal masqué du Panthéon pour danse indécente. « En résumé tout le délit se résumait à quelques gourmades, à quelques épithètes assez injurieuses, à des gestes portant, moins que partout ailleurs, à raison de la composition du bal, le caractère d'outrage à la pudeur. Il paraît, en effet, que le sexe enchanteur qui embellit notre existence et les bals masqués du cloître Saint-Benoît [(ndr : qui est, comme nous ne l’avons pas encore mentionné, le quartier où officie le maître de danse Saint-Jacome dit Templeux)], se composait en grande partie, ce jour-là, d'étudians imberbes habillés en marquises, en soubrettes, en poissardes, etc., etc. » « Quatre des prévenus ont été acquittés, et les plus coupables condamnés à quelques jours de prison. » L’article précise encore que la Société des Badouillards (société festive et carnavalesque étudiante parisienne) est caractérisée par son « esprit d'association et la promiscuité saint-simonienne [qui y] existeraient : argent, plaisirs, études, grisettes, livres, parures, bottes et opinions, tout serait commun entre les Badouillards. »


« Cloître Saint-Benoît » (le domaine de Saint-Jacome dit Templeux), garçons déguisés en filles, « promiscuité saint-simonienne » : la possible origine de la dernière figure du quadrille français ?



notes :

[1] Si le galop apparaît indécent pour certains, il semble occuper une place moins problématique que d’autres danses formellement proscrites suivant le manuel à l’usage des gardes municipaux, j’ai nommé la chahut (version francisée de l’espagnole cachucha) et le cancan.

[2] nom complet « Bibliographie et messagère musicale : journal-catalogue et de littérature, dédié aux amateurs, aux auteurs, aux éditeurs, aux artistes, aux maîtres et aux élèves : annonces générales des publications musicales de tous les éditeurs de France, critiques et analyses, comptes-rendus des théâtres et des concerts, nouvelles diverses, biographies d'auteurs, etc. : publication impartiale paraissant le 1er et le 15 de chaque mois.

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