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Une varsovienne nommée désir (1850-1852)

  • yvesschairsee
  • il y a 1 jour
  • 13 min de lecture
L'identité des 2 dames illustrant cet article est révélée plus loin.
L'identité des 2 dames illustrant cet article est révélée plus loin.

Cette page n'existerait pas si l'English Folk Dance and Song Society n'avait pas publié un article de Chloe Middleton-Metcalfe dans son Folk Music Journal de 2025. Dans celui-ci, la chercheuse s'interrogeait sur l'omniprésence de la "Varsoviana" et de ses dérivés dans les bals traditionnels, en particulier des Îles britanniques, Irlande comprise, et se demandait d'où pouvait bien provenir cette danse qui a essaimé dans le monde entier.


Varsovienne dansée à Lombers (Tarn, France). Le refrain commence à 0m07s.

Procédons par ordre et constatons d'abord avec elle la dissémination extrême de la varsoviana dans les folklores locaux, les céilís ou les bals trad du XXIe siècle. Sous son nom d'origine, "varsoviana", ou sous des noms qui en sont dérivés avec plus ou moins de bonheur ("varsovienne", "varsouvianna", "valso-vienna"...), ou sous les noms des chansons qui ont été posées sur la musique de la danse (l'irlandais "Shoe the Donkey", le sud-africain "Jan Pierewiet"...), on constate, donc, qu'on pratique toujours la varsoviana en Amérique du Nord, en Amérique latine, en Afrique du Sud, en Europe, sans que nous essayions d'être exhaustifs sur sa dissémination exacte, ce qui serait de toute façon impossible.


"Shoe the donkey" dansée dans un spectacle irlandais. Le refrain commence à 0m07s.

Comment reconnait-on la varsoviana ?


Même avec les siècles et les déclinaisons locales, les pas présentent toujours des similarités partout.


Deux séquences de pas se suivent :

La 1e séquence, appelée "pas de varsoviana" est assez courte et s'étend sur 2 mesures en 3/4. Sur les 3 temps de la 1e mesure, on fait 3 pas marchés, ou bien un pas complet de polka (si on veut, dans l'ordre, glisser, couper et jeter les pas successifs au lieu de les marcher). Le 4e pas est tenu pendant toute la 2e mesure (pendant laquelle on entend une note unique), avant de servir à repartir. Pour ce 4e pas, on peut faire un assemblé et ramener le pied au niveau de l'autre, ou bien pointer le pied vers l'avant, préparant ainsi le départ.

La 2e séquence s'étend sur 4 mesures. Sur les 2 ou 3 premières mesures on fait un pas de mazurka, par exemple le pas boiteux bien connu de nos jours, mais d'autres variations sont possibles, par exemple des pas de basque. Si l'on opte pour 2 mesures de mazurka on termine par 3 pas marchés ou 1 pas de polka pendant la 3e mesure, puis invariablement 1 pas tenu tout au long de la dernière mesure, soit en position assemblé ou bien en pointant le pied, qui va repartir. En fonction de la séquence choisie, on peut repartir dans une direction ou son opposée, mais on peut aussi faire toute rotation qui permettrait une belle symétrie dans la chorégraphie.

Au total, la varsoviana ressemble à une variante de polka mazurka mais ayant des pauses fixes dans l'avancement des pas. C'est ce qui lui donne son caractère reconnaissable.


Varsovienne dansée par le groupe Barberousse de Hagenau (Alsace, France). Le refrain commence à 0m02s.

En ce qui concerne la musique, au-delà du fait que sa composition est contrainte par la danse puisqu'il faut tenir les notes au moment des arrêts des danseurs, on constate que la séquence pendant laquelle on exécute les pas de mazurka est identique à de très nombreux endroits du monde, avec la succession de notes (sol - do - mi - ré# - mi) (3 fois) + (fa - ré) + (sol - si - ré - do#- ré) (3 fois) + (mi - do), avec parfois des omissions des do / ré# / si / do# dans les séries de notes répétées.

Evidemment, la tonalité peut également varier (parfois on commence sur un do, un ré...)

Partout dans cet article, nous appellerons cette suite de notes le "refrain" de la varsoviana.


Varsovienne (de la famille Pigeon) dansée à Montréal (Canada). Le refrain commence à 0m04s.

Vous trouverez tout au long de cet article des vidéos tournées en différents lieux qui montrent la persistance de la danse et l'étonnante régularité de son refrain. Nous ne pouvons cependant pas résister à l'envie de vous expliquer particulièrement ici l'utilisation la plus étonnante qui en a été faite : en 1947, la pièce de Tennessee Williams "Un Tramway nommé Désir" est représentée pour la 1e fois. Dès le départ, le refrain de la varsoviana est utilisé et sert à souligner la folie grandissante de l'héroïne Blanche DuBois, dont le mari s'est suicidé après avoir dansé avec elle la... varsoviana. (Nous n'allons pas plus loin ici dans la description de la pièce pour ne pas plomber notre article : chez Tennessee Williams on n'est pas là pour rigoler mais plutôt pour culpabiliser d'être qui on est, ce qui est un réflexe qu'on n'a pas chez Antécédanses).

La varsoviana sera aussi utilisée dans l'adaptation qu'en fait Elia Kazan au cinéma en 1951. Vous pouvez en regarder un extrait ci-dessous où le refrain de la varsoviana démarre en arrière-plan à la 30e seconde à la manière d'une comptine enfantine, soulignant le traumatisme non résolu de Blanche (jouée par l'actrice britannique Vivien Leigh, que nous avons aussi représentée dans l'image en tête de cet article).


extrait d'"Un Tramway nommé Désir" d'Elia Kazan (1951). Le refrain est audible à partir de 0m30s.

Quel maître de danse et quel compositeur peuvent avoir eu l'idée de génie de cette danse et de sa musique ?


L'article que vous lisez présentement entend ajouter des éléments à la recherche effectuée par Chloe Middleton-Metcalfe, qui a trouvé la composition originelle de la varsoviana de Francisco Alonso, qui fut représentée et dansée à Paris en novembre 1852, au Casino Paganini.

Fait qui pourrait prouver son succès, on trouve la partition à l'identique dans plusieurs éditions différentes : au moins 2 éditées chez Bernard Latte (mais qui ne sont pas numérotées) et au moins une autre publiée chez Sylvain St Étienne (ce dernier aurait édité la version pour piano à 4 mains ?) Au moins deux portent le titre "La Nueva Flor de Espana" et sont dédiées à Juan Donoso Cortés, Marquis de Valdegamas, qui est alors ambassadeur d'Espagne à Paris, où il décèdera quelques mois plus tard.


Frontispice d'une édition de Bernard Latte dans son état de conservation (et de raturage) à la Bibliothèque digitale de Munich (en effet, le frontispice est manquant dans la digitalisation de la BNF/Gallica).
Frontispice d'une édition de Bernard Latte dans son état de conservation (et de raturage) à la Bibliothèque digitale de Munich (en effet, le frontispice est manquant dans la digitalisation de la BNF/Gallica).

À notre connaissance, il n'y a pas de partitions pour orchestre qui serait encore répertoriée, c'est pourquoi, comme à notre habitude, nous nous sommes attachés, non pas à rejouer la version piano telle qu'elle (car d'autres l'ont déjà fait), mais nous avons voulu lui donner une version pour orchestre, ce qui a été réalisé par notre complice Ilkay Bora Oder, et peut être écouté ici ou sur YouTube.


version orchestre de "La Varsoviana" de Francisco Alonso (1852). Le refrain commence à 0m40s.

Le refrain caractéristique de la varsoviana s'y entend dès la 40e seconde, prouvant s'il le fallait le caractère visionnaire de la composition de Francisco Alonso. Un passage resté caractéristique de la danse jusqu'au XXIe siècle !


Pourquoi portons-nous un tel intérêt à la varsoviana ? Car la façon de pousser cette danse sur le devant de la scène parisienne a suivi le schéma qui avait été utilisé en 1849 pour la promotion de la Schot(t)isch, comme nous l'expliquions dans l'article que vous pouvez toujours lire ici.

En résumé, les 2 danses ont été montrées pour la 1e fois au même endroit (le Casino Paganini), l'éditeur Bernard Latte est impliqué et le maître de danse Markowski est tenu comme inventeur de la danse suivant certains journaux (voir l'extrait de journal ci-dessous où l'article est publié au moment de son décès). De plus, les danses font spécifiquement référence à des pays étrangers par leur frontispice et/ou leur titre (l'Angleterre et l'Écosse pour la schotisch, l'Espagne pour la varsoviana). Les compositeurs sont tous deux étrangers (l'Italien Daniele pour la schotisch et l'Espagnol Alonso pour la varsoviana).


extrait de "Le Petit Moniteur universel" du 14 avril 1882. On y évoque Markowski, qui vient de décéder.  
extrait de "Le Petit Moniteur universel" du 14 avril 1882. On y évoque Markowski, qui vient de décéder.  

Disons-le immédiatement, l'une de ces similitudes est aussi fausse pour la varsoviana que pour la schotisch : si Markowski a aidé à mettre en forme la danse pour la représentation parisienne (ce que nous avons prouvé pour la schotisch mais reste à l'état d'hypothèse pour la varsoviana), il n'a en fait rien inventé du tout car les danses existaient avant leur démonstration parisienne, même si c'est leur sortie à Paris qui en fera des succès internationaux. L'attribution erronnée de ces danses à Markowski est la vraie similitude entre elles !


extrait du journal "La Patrie" du 12 novembre 1852
extrait du journal "La Patrie" du 12 novembre 1852

Dans le cas de la varsoviana, la vraie origine est assez évidente car les références à l'Espagne sont omniprésentes. Mais comme il est plus convaincant de le voir écrit noir sur blanc, pointons l’article paru dans le journal "La Patrie" du 12 novembre 1852, et pointons-le bien car c'est la seule trace écrite sur les origines ibériques que nous avons trouvée dans des publications françaises.


Sans avoir plus d'informations, nous aurions été très dubitatifs car on est habitués à ce que les journaux, voire les historiens du XIXe siècle, disent des choses totalement fausses sur l'origine des danses. Heureusement, les quotidiens espagnols de l'époque confirment bien qu'on danse la varsoviana sous une forme de danse sociale à Madrid ou Barcelone depuis 1850 au moins.


Si vous voulez apprendre la varsoviana et que vous êtes à Barcelone, vous pouvez alors aller à l'académie du professeur de danse Alsina.


extrait du journal "El Barcelones" du 10 novembre 1850
extrait du journal "El Barcelones" du 10 novembre 1850

Si vous êtes à Madrid, vous pouvez toujours essayer de vous faire inviter à la cour où la varsoviana est enseignée par le maître de danse Andrés Beluzzi.


extrait du journal "La Ilustracion, periodico universal" du 9 novembre 1850
extrait du journal "La Ilustracion, periodico universal" du 9 novembre 1850

Comme l'explique le journal "La Ilustracion" du 16 novembre 1850, en Espagne, la période des bals d'hiver commence et se termine environ 1 à 2 mois plus tôt qu'en France. Pendant cette période, les bals ont aussi lieu dans les milieux aristocratiques, y compris au Palais Royal de Madrid. Les journaux relatent ainsi le 2e bal qui s'y tient pendant la saison automne-hiver 1850-1851. Outre le tenue de ces dames, le journal "El Catolico" du 05 novembre 1850, explique que "Sa Majesté la Reine a ouvert le bal avec l'ambassadeur d'Angleterre. Elle a ensuite dansé avec les représentants étrangers et d’autres personnalités distinguées du pays. Elle a exécuté avec beaucoup de grâce la nouvelle danse la Schottisch, ainsi qu’une autre danse très élégante, la Varsoviana, en compagnie du fils de M. le Comte de Casa-Valencia." Plus généralement, on apprend que, plus tard dans la soirée, "il y avait tant de monde qui [se] pressait dans le but de voir danser Sa Majesté, qu'il fallut à deux reprises ouvrir les balcons pour aérer un peu la pièce. Assistaient au bal tout le corps diplomatique, le président du Conseil et les ministres de la Guerre et de la Marine. On voyait également parmi l’assistance de nombreux sénateurs et députés. Le bal s’est terminé vers cinq heures."


Isabelle II d'Espagne, par Federico de Madrazo
Isabelle II d'Espagne, par Federico de Madrazo

Outre le fait que la jeune reine Isabelle II aime la danse (pointons le fait qu'en 1850 elle n'a pas encore 20 ans, ce qui explique peut-être son assiduité sur la piste), on apprend donc qu'elle s'essaye volontiers à la varsoviana.


Le même journal cité plus haut, "La Ilustracion" du 16 novembre 1850, explique de plus que "la Comtesse de Montijo [...] emboîte rapidement le pas [à Sa Majesté La Reine]" dans l'organisation des bals de saison. Sur l'ensemble de la période, il y aura suffisamment de bals dans le Madrid aristocratique et "il y [aura] largement le temps de danser toutes les danses inventées et à inventer, du grave rigodon (ndlr : nous conservons ici le terme espagnol sans le traduire) ou de la contredanse, jusqu'à la ridicule schottisch, ou l'élégante varsoviana."

On notera que la Comtesse de Montijo ici citée est très probablement la mère de la future Impératrice des Français.


Varsoviana chantée et dansée au Mexique. Le refrain commence à 1m20s. (La varsoviana a ses adeptes dans le nord-est du Mexique et au sud du Texas.)

La large diffusion de la varsoviana à Madrid et Barcelone en 1850 étant ainsi démontrée, il nous faut toujours déterminer comment elle y était dansée et d'où venait sa vogue en Espagne. Le journal "La Patrie" du 12 novembre 1852, source française que nous citions plus haut et qui expliquait l'origine ibérique, rapporte que la varsoviana "a pris un peu du caractère espagnol", mais les implications chorégraphiques de cette affirmation/constatation sont totalement mystérieuses.

Le journal ne fait-il allusion qu'à la musique ? À l'oreille, on imagine très bien des danseurs en train de pratiquer le boléro plutôt qu'une mazurka bien sage. Le rythme à 3 temps et la mélodie nous semble convenir parfaitement à la fougue espagnole. Mais est-ce bien ce qui est sous-entendu ?


Varsoviana dansée à Saragosse (Espagne). Le refrain commence à 0m05s.

Si l'on jette un coup d'oeil à la varsoviana dansée à Saragosse (entre Madrid et Barcelone) de nos jours, grâce à la vidéo qui est insérée dans cet article, on voit une mazurka classique où le caractère espagnol n'est pas frappant ! Mais on ne sait pas si cette exécution est bien une trace de la manière espagnole de la danser avant 1852 ou si elle reflète ce que la chorégraphie est devenue après son succès parisien. La varsoviana dansée au Pays basque espagnol (voir ci-dessous) est déjà plus énergique, mais on se demande si ce n'est pas la version mexicaine (voir plus haut) qui a le caractère le plus espagnol, au moins dans notre imagination.


Varsoviana dansée à Baracaldo (Pays basque espagnol). La danse commence immédiatement.

Pour essayer d'aller plus loin dans notre recherche des origines de la danse, on a presque crié victoire en trouvant cet article de "El Clamor público" du 3 janvier 1851 qui parle de l'origine de danses à la mode à l'époque :


"HISTOIRE DE CERTAINS DANSES.- Selon ce qu'un [???] de province nous raconte, la nouvelle danse, la schottisch, est connue et se danse plus ou moins dans toute l'Europe, mais elle a une signification différente dans chaque capitale, comme le prouve le fait qu'à Vienne, c’est la danse des courtisanes, à Berlin celle des actrices, à Bruxelles celle des couturières, à Paris celle des grisettes et des cancaneuses (ndlr : nous supposons que c'est le sens du terme originel "entretenidas"), et à Madrid celle des grandes dames. Il n'en va pas de même en province, où l'on peut dire que c'est une danse fourre-tout, bien qu’elle soit largement acceptée, mais que seules les jeunes filles l’ignorent,


Quant à la Varsoviana, c'est une autre histoire, car personne n'ignore son origine (sic), même si beaucoup veulent nous faire croire le contraire, ces amis qui aiment tout importer de loin, et qui ont vu Fanny Elssler la danser vers les années trente, vêtue pour l'occasion d'une robe à crin avec des éperons.


Si nous devons nous en tenir au jugement des plus savants connaisseurs des astres chorégraphiques, ces deux danses seront remplacées par la Cracoviana..."


Varsoviana dansée en Afrique du Sud. Le refrain commence à 0m02s

On trouve le rédacteur bien présomptueux quand il dit que personne n'ignore l'origine de la varsoviana et qu'il omet donc de la préciser ! Une peu d'exhaustivité journalistique nous aurait fait plaisir ! Ce qu'on comprend tout de même entre les lignes c'est qu'il affirme bien la provenance espagnole de la danse puisqu'il ironise sur les "amis" qui aiment faire croire qu'on l'a importée.


Pour continuer notre enquête sur les origines, examinons le cas du musicien Francisco Alonso, qui se fera un nom grâce à sa composition pour la première de la danse dans la capitale française.

Il est connu en Espagne : le 20 octobre 1855, soit après que la chorégraphie a rencontré le succès dans l'Hexagone, le journal "El Centinela Barcelones" rapporte que "l'auteur de la première varsoviana et directeur musical de «El Eco de Ambos Mundos», tous deux publiés à Paris par M. Francisco Alonso, a récemment composé une marche intitulée «Luchana» et dédiée au général Espartero."

Si Alonso est le compositeur de la "primera" varsoviana, cela signifie-t-il que l'air était déjà le même avant d'arriver à Paris ? Visiblement le journal considère que la première varsoviana est celle qui a été publiée à Paris, ce qui est un signe d'amnésie particulièrement étrange pour ce qui était joué avant cela en Espagne ! Ou le journal souligne-t-il le fait que le succès de la composition d'Alonso a poussé une ribambelle de compositeurs à proposer de nouveaux airs pour la varsoviana ? Malheureusement on ne le sait pas et l'extrait de journal ne nous est d'aucune utilité !


extrait du journal "El Centinela Barcelones" du 20 octobre 1855
extrait du journal "El Centinela Barcelones" du 20 octobre 1855

Et la danse ? Qui l'aurait inventée ?


Sur ce point, on n'est pas beaucoup plus avancés non plus. En effet, les traces de la danse deviennent plus rares avant 1850, et changent, en fait, de nature : avant l'explosion apparente au moment de l'ouverture de la saison des bals en novembre 1850, on trouve des mentions de la varsoviana, mais dans un contexte lié aux danses de scène ou danses de caractère pratiquées par des professionnels. Par exemple, dans le journal "El Barcelonés" du 26 octobre 1849.


extrait du journal "El Barcelonés" du 26 octobre 1849
extrait du journal "El Barcelonés" du 26 octobre 1849

On y apprend que la danse de caractère varsoviana a été dansée au Gran Teatro del Liceo par les artistes/danseurs de théâtre Mesdames García, Espert et Constantí, ainsi que par Messieurs Camprubí et Gíspert, et ce après le melo-mimo-drama (ndlr : nous laissons le terme espagnol sans traduire) de grand spectacle en 2 actes "L'Homme sauvage".


Des représentations au Gran Teatro del Liceo (on dit de nos jours "del Liceu") par ces danseurs/-euses sont confirmées du 25 juin au 27 octobre 1849 dans les annales du théâtre, où Joan Camprubí a exercé comme chorégraphe. (voir le lien ici.) Il y a inventé une "varsoviana à 5". Même si cela semble peu compatible avec une danse de couple, vu le nombre impair de participants, on aurait cependant tendance à postuler que cette danse de caractère a été reprise et éventuellement adaptée pour les salons avant de faire une entrée triomphale dans ceux-ci un an plus tard.


On n'est cependant pas au bout de nos surprises, car dès 1846, une varsoviana est dansée, mais cette fois à Saragosse. Le 28 septembre 1846, le "Diaro de Zaragoza" dit en effet que, le jour-même, une troupe de danseurs placée sous la direction de D. Carlos Augusto Albert se produira au théâtre. Entre un pas de deux et un galop, Mesdames Pujol et Coralie ainsi que Monsieur Stienne exécuteront la varsoviana (ndlr : nous avons ici paraphrasé le texte originel).


extrait du "Diaro de Zaragoza" du 28 septembre 1846
extrait du "Diaro de Zaragoza" du 28 septembre 1846

EPILOGUE


Avec nos recherches, nous espérions trouver "la" première description de la chorégraphie destinée aux bals et aux salons.

Nous ne l'avons pas trouvée en Espagne (où on consignait visiblement peu de choses par écrit quand il s'agissait de danses), mais nous n'avons pas non plus trouvé l'enchaînement de pas qui aurait pu être privilégié par un maître de danse pour la version française précoce.


Les Anglais ont été plus prolixes sur le sujet. Nous renvoyons vers l'article de Chloe Middleton-Metcalfe dans le Folk Music Journal pour un comparatif des instructions anglaises les plus anciennes. On constate cependant que chaque maître à danser y décrit déjà ses propres variations.  

Quant à nous, nous reproduisons un extrait de "The Victoria Danse Du Monde, and Quadrille Preceptor" de 1855 (que l'on trouve ici sur google books.) Pourquoi ce choix arbitraire ? Car ce guide de danse anglais a le bon goût de se rappeler que la varsoviana d'origine (nous voulons dire celle qui va provoquer la vogue de la danse à l'international) a pour titre "La Nueva Flor de Espana" !



Nous manquerions d'exhaustivité si nous ne mentionnions pas qu'un chant patriotique polonais a été composé en 1831 sous le nom de "varsoviana". Si la danse a dérivé de cette exaltation du sentiment national (certainement très à la mode pendant ces années où le romantisme prévaut à tous les étages), nous n'en avons aucune preuve ni même l'ébauche d'une preuve. En tous cas, mélodiquement on n'y entend pas le refrain entêtant qui traversera les siècles. En attendant de nouvelles recherches complémentaires, nous louons donc Francisco Alonso pour l'efficacité de sa mélodie.


QUELQUES VARSOVIANAS CHANTÉES À TRAVERS LE MONDE






fredonné "en yahourt" en Californie (1939)

REMERCIEMENTS


Merci à Chloe Middleton-Metcalfe dont l'article a titillé notre curiosité et nous a permis d'augmenter notre compréhension sur l'émergence des danses à Paris.


Merci aux personnes suivantes qui nous ont permis de percevoir la popularité de la Varsoviana dans les traditions françaises ou étrangères, et ce même si nous ne pouvons pas donner toutes les références dans cet article, vu la concision que nous essayons de maintenir tant bien que mal dans nos publications : Olivier Paré, Piampia Bestaven, Pascal Guillotin, Bernard Schaffner, Joss Charle, Françoise Etay, Xavier Vidal, Christian Mage, Mariediato Delasarthe, Marie-Claire Viala, Patrick Servant, Sylvie Andre, Jacques Beigbeder, Francoiz Courrege, Francis Ranaivonirina, Martine Chirio, Céline Bart, Marie Le Bihan, Remi Caron, Daniel Abos, Symphorose Symphonie, Phi Golu et Momo Aynie.



 
 
 

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